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ImageAxelle Herren: La plume, cette arme thérapeutique


12/05/2019

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La jeune maman de Martigny-Croix s’est armée de sa plume pour régler ses comptes avec son passé.

Avec son premier livre «La peine des petits», elle a reçu le Prix romand noir et le mérite culturel de la commune de Martigny-Combe. L’écriture de ce thriller inspiré de son propre vécu lui a permis de tuer ses démons.

Elle a du caractère. Cette forme de présence dont la densité et la substance interpelle, attire, intéresse. Impulsive et franche, Axelle Herren suit ses penchants qui la redressent, qui arcboutent ses aspirations. Avec la publication de son premier livre La peine des petits chez 180° éditions, un thriller qui a reçu le prix romandNoir 2018, elle exorcise certaines de ses rancoeurs d’enfant, avec la hargne chevillée au corps par un passé «compliqué».  «Ce polar est clairement inspiré de ma propre enfance. Pas tout, mais presque.»

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Axelle Herren nous livre un polar bien ficelé, dans lequel elle place un commissaire lettré et cultivé qui détonne dans le milieu et dont les idéaux de justice vont être bousculés: «Mon personnage principal est certes tourmenté, mais n’est ni alcoolique, ni agressif, ni vulgaire.»

Faire justice soi-même

«Je me suis investie dans l’écriture de ce livre de manière thérapeutique.» Edouard Duchaurel, assassiné au début du roman, est en effet son beau-père sous un autre nom. «La vie à laquelle j’ai eu eu droit sous son emprise caractérielle et intransigeante, souvent violente, fut difficile et tourmentée. Ma mère la subissait aussi, mais préférait se mentir à elle-même, pour éviter de se responsabiliser.» Le thème de la justice à rendre sous-tend tout son récit, comme sa propre mission vitale : «Avec ce bouquin, j’ai réglé mes comptes avec mon enfance. J’ai tué mon beau-père: je n’ai d’ailleurs pas fait l’économie des pages où je le torture et le fais mourir.»

Ecrire, une mission

«J’ai toujours écrit. Des poèmes surtout, à l’adolescence. Des récits dans lesquels le père était toujours tué. ça ne reflétait pas Zola ou le silence de la bibliothèque.» Enfant très solitaire, souvent laissée pour compte, Axelle trouve son plaisir dans l’imagination. Elle a ses convictions sur l’écriture qui la feront bien vite déchanter: «Mes écrits n’ont pas forcément plu. Je n’ai donc plus touché une plume, si ce n’est pour écrire des discours dont j’obtenais des retours positifs et dithyrambiques. Je me suis dit qu’il y avait peut-être bien en fin de compte quelque chose à creuser de côté-là…» Le destin va précipiter les événements, comme toujours… et Axelle se découvre une mission.

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Accouchement fluide

Lorsqu’en février 2018, une collègue professeur lui parle de cette première édition du Prix Roman Noir dont l’argument massue est la publication en cas de victoire, Axelle est électrochoquée: Cela a mis en marche en moi des mécanismes puissants au service de ce challenge, porté depuis fort longtemps. »Le courant la survolte. Activé, le défi se révèle pressant: «Je m’y suis mise de suite. Ce fut comme un accouchement fluide, car les éléments aveint mûri en moi inconsciemment.» En rendant son manuscrit, Axelle se déleste également de ce poids psychologique, indépendamment de l’issue de son geste: «Même si je ne gagne pas, j’aurais fait un grand pas.» A l’annonce de sa victoire, elle exulte, «contente comme une gamine», mais en même temps très inquiète et angoissée: «Je découvre le monde de l’écriture dans lequel il faut apprendre à louvoyer, à gérer les hostilités et où il faut faire sa place.» Celle d’Axelle est déjà faite.

Romy Moret


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