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ImageLaurent Perroton : « Le Valais, c’est unique ! »


10/02/2020

HCV Martigny – Entraîneur en Valais depuis plus d’un an et installé en Suisse depuis plus de 15 ans, Laurent Perroton nous a accordé un entretien exceptionnel dans lequel il se replonge dans sa carrière, évoque ses regrets, mais aussi son lien avec notre canton.

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Photo : Planète Hockey

Il est tôt samedi matin au moment où nous accueille Laurent Perroton. Au matin d’un match de Coupe face à Rarogne, il nous ouvre les portes de son vestiaire pour évoquer sa carrière, son parcours mais aussi ses regrets et ses souhaits futurs. On y découvre un homme attachant, extrêmement professionnel, loin des idées reçues que peuvent posséder certains suiveurs du hockey valaisan. Certes, il y a l’entraîneur, apprécié ou détesté, mais l’homme est très intéressant, souriant et détendu et le père de famille semble l’être tout autant. « Dur, mais aimant » comme il se qualifie, les valeurs de travail sont essentielles à ses yeux. Mordu et passionné de hockey on le sent aussi. Entre rires et anecdotes, il a répondu à nos questions. Interview !

B.C. Laurent Perroton, vous êtes français. Le hockey, ce n’est pas le sport national. Elle vient d’où cette passion ?

L.P. C’est le 37e sport en France, donc ce n’est vraiment pas le sport national (rires)… On est derrière la boule pour vous dire. Mais en fait, je suis né à Lyon en face de la patinoire. Mon père était le gardien de la première équipe de Lyon et entraîneur au sein du mouvement junior du club et mon grand-père était le président du club. J’avais juste à traverser la rue pour être à la patinoire, donc c’est une vocation de famille.

À 46 ans, quel regard portez-vous sur votre carrière ? Avez-vous des regrets ?

Je suis assez content, parce que j’ai vite percé dans l’entraînement et j’ai vite eu des responsabilités. À 24 ans, je me suis retrouvé joueur-entraîneur d’une première équipe. À 30 ans, j’étais entraîneur en Ligue Magnus en France. J’ai eu la chance d’être entraîneur-assistant de l’équipe nationale. Après j’ai été recruté en Suisse. Ça a toujours été mon rêve de venir en Suisse. Le seul regret que je peux avoir, c’est de ne pas avoir eu ma chance à l’échelon supérieur. J’ai fait des fautes et j’ai un caractère assez affirmé, donc peut-être que je ne suis pas assez politique par moment. Mais je suis très content ici, je suis dans un beau projet et j’espère pouvoir atteindre la Swiss League avec mon club.

Quel style d’entraîneur êtes-vous ?

Très axé sur la tactique et sur l’état d’esprit. Je pense être assez dur avec mes joueurs, mais aimant. J’essaie, au fil des années, d’être de plus en plus serein, mais c’est l’expérience qui l’amène, mais je suis quand même plus calme qu’à une certaine époque.

Vous êtes un homme de valeurs, quelles sont celles que vous transmettez à vos joueurs ?

La première, et c’est pour ça que ça marche si bien ici avec mon supérieur Nicolas Burdet, c’est la loyauté. Si tu es loyal, tu peux toujours aller loin et si tu es loyal dans le vestiaire avec tes coéquipiers et ton staff, et vice-versa, ça amène une communion qui fait que tu arrives à avoir des résultats. La deuxième c’est le travail et l’abnégation dans ce que l’on fait. Souvent, les joueurs qui ont des problèmes avec moi c’est pour trois raisons : soit ils ne progressent pas, soit ils n’ont pas la bonne attitude, soit ils ne sont pas assez passionnés. Moi j’aime les gens passionnés. Surtout dans cette ligue-là, si tu n’es pas passionné, il faut faire autre chose. Tu as tellement d’investissements par rapport à ce que ça t’amène qu’il faut vraiment avoir beaucoup de passion !

J’ai lu dans une interview que vous êtes théâtral sur le banc, c’est-à dire ?

Ça m’est arrivé souvent, mais maintenant de moins en moins parce que je suis de plus en plus calme sur un banc. Théâtral c’est par exemple pouvoir parler avec l’adversaire ou influencer l’adversaire pour mentalement essayer de le mette au plus mal pour essayer d’avoir des résultats. J’ai dû le faire souvent, malheureusement, parce que j’avais des équipes avec de très faibles moyens mais avec des ambitions très élevées. Du coup, j’ai dû trouver des solutions, notamment lors d’une série épique à Sierre. C’est pour ça que l’année dernière j’ai été accueilli chaudement. Ça avait été très chaud et j’avais fait pas mal de théâtre, les gens m’en voulaient. Ça fait partie du jeu et j’ai accepté l’accueil à Graben parce que je le méritais.

En dehors du hockey et de votre rôle de coach, quels sont vos loisirs ?

J’en ai plein, notamment le théâtre et le cinéma. On voyage beaucoup avec ma famille. J’ai trois enfants, avec un quatrième qui arrivera fin mars, donc ça prend beaucoup de temps aussi. J’ai une épouse qui travaille à 100% aussi, donc on a une vie un petit peu compliquée, mais avec beaucoup d’amour au sein de la famille, ce qui fait qu’on arrive à s’en sortir.

Pourriez-vous quitter le monde du hockey un jour ?

(Hésitant) Mes proches, mais pas mon épouse, m’en parlent souvent. Après moi, j’ai peur de mourir à petit feu si un jour je quitte le sport. Tout le monde pense que c’est un métier où on a beaucoup de pression, évidemment, mais moi je me nourris de ça. Je ne me vois pas pour l’instant dans un bureau sans pression. Donc je pense que pour le moment, ce n’est pas possible et je crois que je ne serais plus moi-même si je n’étais plus dans le milieu du sport.

Qu’est-ce qui vous motive encore ?

Ce qui me motive c’est d’avoir des saisons comme on l’a à l’heure actuelle, d’avoir des victoires, des résultats, de forcer des décisions, d’être influent dans un club et de pouvoir réaliser les objectifs fixés. Ça c’est très important, je suis très à cheval là-dessus et c’est ce qui m’a fait passer un très mauvais été. Peu importe les problèmes de licence, si on avait eu le titre, on aurait rempli l’objectif. Ça a été très dur à digérer.

Vous œuvrez en tant que consultant à la RTS, qu’est-ce que cela vous apporte ?

Contrairement à ce que tout le monde pense, ce n’est pas un aspect financier, mais bien un aspect hockeyistique. C’est-à-dire qu’à chaque fois que j’ai un consulting à faire pour un match, je dois le préparer, je dois analyser, comprendre et du coup je progresse dans mon métier. C’est un bon compromis, en plus j’habite juste à côté. C’est un réel plaisir de pouvoir partager la passion et en même temps de progresser dans ma passion.

Vous avez beaucoup voyagé, (Lyon, Gap, Nice) qu’est-ce que ces voyages ont changé dans votre carrière ?

Des rencontres, plus ou moins bonnes. On n’a pas que des bonnes rencontres. Ça m’a fait progresser dans mon côté homme et les valeurs que je préconise. Surtout, de connaître différents hockey, différentes régions. Ça m’a apporté aussi une capacité d’adaptation. Je pense que si je me suis si bien intégré dans l’environnement de Martigny, c’est parce que j’ai beaucoup voyagé.

Vous vivez en Suisse depuis plus de 15 ans. Qu’est-ce qui vous plaît ici ?

Déjà, le pays en lui-même, la beauté des paysages, la diversité des régions. Au départ, ça m’a choqué, parce que selon les régions, c’est tellement différent. Ensuite, ce qui me plaît beaucoup et c’est ce que je ne trouvais pas en France, c’est la rigueur du travail bien fait. Il y a de la pression dans le travail ici et c’est pour ça que le pays marche bien. En Valais, j’ai retrouvé ce côté excessif du Sud de la France, mais c’est tellement bon quand ça se passe bien, mais tellement dur quand ça se passe mal. Ça fait partie des choses du Valais. Si j’avais un comparatif à faire, il y a une région que j’aime beaucoup par rapport à leur attitude, ce sont les corses. J’y vais souvent et j’ai vraiment trouvé des similitudes entre les Corses et les Valaisans.

Le Valais, c’est vraiment différent ?

C’est unique. Il faut vivre avec ça, il faut l’accepter. Les gens sont très exigeants, mais tellement aimants. Quand ça va bien, il y a un renvoi de tout ce que tu as essayé d’amener qui est très important. Cependant, quand ça va mal, c’est tout l’inverse. J’ai eu une première expérience ici qui a été très difficile où j’ai fait de grosses erreurs, en ne prenant pas compte de l’environnement dans lequel j’étais. Ma deuxième venue a fait que j’avais cette expérience-là et que maintenant, j’ai très bien compris comment ça marchait.

Un retour en France un jour ?

Il ne faut jamais dire jamais. Chaque année j’ai des opportunités, parce que j’ai fait mon trou en Suisse et ça attire les clubs français. En Ligue Magnus, j’ai chaque année des propositions. Mais non, vraiment, ma femme a un bon travail à Genève. Je me suis toujours délocalisé dans les clubs et je fais les trajets. Je ne vais pas mettre en péril ma vie familiale par rapport à ma passion. C’est l’une des règles de notre famille et pour l’instant je ne bougerai pas de la Suisse. J’ai eu la chance de faire des études de maître de sport, si vraiment il y a une année où c’est compliqué.

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour le futur, en hockey et dans la vie ?

À titre personnel, essayer de bien gérer ma vie de famille, que tout se passe bien, que tout le monde soit en bonne santé. À titre professionnel, d’avoir une chance d’entraîner en Swiss League un jour.

Baptiste Coppey


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