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ImageSébastien Reichenbach : « J’ai envie que les gens me voient sur mon vélo, à l’avant de la course »


17/02/2020

CYCLISME – Sébastien Reichenbach débute vendredi dans le Haut-Var une saison qui doit l’emmener jusqu’en septembre aux Mondiaux, en passant par le Tour de Romandie et le Tour de France. Une saison très chargée pour le Martignerain de 30 ans.

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Photo : Groupama-FDJ

Sébastien Reichenbach lancera officiellement sa saison ce vendredi sur les routes du Haut-Var. Après deux mois de préparation, il s’apprête donc à entrer dans une saison très chargée, avec trois grands objectifs : le Tour de Romandie en avril, le Tour de France en juillet et les Mondiaux de Martigny en septembre. Une saison bien remplie, avant laquelle il s’est livré à nous. Après une première partie d’interview sur sa saison à venir, faisons plus amples connaissances avec le cycliste de la Groupama-FDJ, qui se fait plutôt discret.

B.C. Le cyclisme pour vous, ça a commencé où et quand ?

S.R. Ça a commencé en Valais, avec mon oncle au début des années 2000 sur un VTT. C’est lui qui m’avait initié à cette pratique.

Vous avez longtemps hésité avec le football. Qu’est-ce qui a fait pencher la balance ?

Non, ce n’est pas tout à fait exact. J’ai joué au football, mais j’ai simplement suivi mon frère et mon père. Ce n’était pas mon truc. Le sport d’équipe n’était pas fait pour moi. Je me suis fatigué tout seul et j’ai arrêté. Après je suis resté quelques temps sans « sport » avant de commencer le vélo.

Du VTT au vélo de route, quel a été le déclic ?

C’est assez simple. Je faisais des compétitions de cross-country en Coupe de Suisse. J’étais assez frustré de partir toujours depuis derrière dans l’ordre de départ. Ça m’avait assez vite énervé, car j’ai très vite compris que ça allait être compliqué de performer avant de nombreuses années pour monter dans l’échelon. J’avais des copains qui faisaient de la route, et je me suis dit qu’il y avait plus de chances de performer qu’en VTT.

À 30 ans, pensez-vous avoir atteint votre plus haut potentiel ?

Non et c’est ça qui est intéressant. Encore cet hiver, avec de bons entraînements, j’arrive toujours à progresser dans certains domaines. C’est ce qui est motivant. On voit qu’encore dans ces années-là, à 30 ans, on ne cesse de progresser. Après, c’est aussi des belles années au niveau de l’endurance et de la résistance. Je vois bien sûr différemment d’il y a 7-8 ans lorsque j’ai commencé. Avec du recul, on prend plus de plaisir aussi sur certains événements où avant on n’avait de la pression.

Vous avez fait au minimum un grand tour lors des 5 dernières années. Si on vous avait dit ça en 2014, vous y auriez cru ?

Non, bien sûr. Je suis assez fier, surtout de les avoir quasiment tous terminés (ndlr. Giro 2015, abandon lors de la 16e étape). C’est surtout les terminer qui est important. Je n’ai jamais fait plus d’un grand tour par année, c’est un souhait de ma part. Participer à un grand tour, ça demande beaucoup d’investissements, pas uniquement physique mais mental aussi. Si on arrive à prendre du plaisir sur les trois semaines, c’est vraiment quelque chose qui est assez génial à vivre.

Votre point faible, c’est la descente. Est-ce que vous faites des entraînements spécifiques dans ce domaine ?

Non. J’en avais fait à une époque, après mon accident, où j’avais eu pas mal de soucis psychologiques, ce qui est normal après une grosse chute comme ça, où j’étais quand même traumatisé. Maintenant, c’est bien revenu, même à partir de la saison passée. D’ailleurs, j’ai plus eu trop de commentaires par ci par là. C’est en train de bien revenir, je retrouve confiance. Je roule sur un vélo à disque depuis l’année passée, ce que j’apprécie énormément. Je pense qu’on va plus trop parler de moi pour ce côté-là (sourire).

L’après-carrière, vous y pensez ? On a vu que Steve Morabito avait quasiment tout préparé avant de se retirer.

Steve, j’ai vécu avec lui ces dernières années dans l’équipe. Déjà 4 ans avant, il savait ce qu’il allait faire. Il a préparé minutieusement chaque chose, c’est assez incroyable. Ce qui est sûr, c’est que pour moi ce ne sera pas pareil. J’ai quelques petites idées, mais rien de concret. Je pense que je prendrai plus de temps que Steve pour préparer mon après-carrière, même si j’ai quand même beaucoup de passions en dehors du vélo.

Justement, en dehors du vélo quels sont vos loisirs ?

J’aime bien la montagne. Ça reste du sport, mais j’adore le ski, la randonnée et tout ça. Je dois mette ça un petit peu entre parenthèses depuis que je suis cycliste professionnel, mais j’ai toujours beaucoup aimé ça. Après, je suis un grand fan de vin, surtout de vin rouge étranger. Attention à tous les Valaisans (rires). Je me passionne pour le vin, ça m’intéresse beaucoup. Dès que j’ai l’occasion, je vais visiter des domaines à l’étranger.

Les soirs d’étapes, c’est l’occasion parfaite pour goûter des vins de chaque région ?

Ça arrive. Un verre de vin ce n’est pas quelque chose de néfaste, tant qu’il n’y a pas d’abus. Ça arrive régulièrement qu’il y ait une bouteille de vin sur la table le soir, ça permet aussi de bien s’endormir.

Vous vous faites très discret en dehors du vélo. Pourquoi ?

Je pense que c’est ma vraie personnalité. Je n’aime pas trop me mettre en avant, que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les médias. J’ai envie que les gens me voient sur mon vélo à l’avant de la course, qu’ils parlent de moi pour mes résultats et pas pour ce que je vis. C’est un choix de ma part.

« Travailler dur en silence, laisser le succès faire du bruit », c’est votre devise ?

Oui, depuis mes débuts en professionnel, j’ai toujours eu ce dicton en tête. Ça résume assez bien le cyclisme finalement. Il faut rester humble, jamais rester sur ses acquis, il faut constamment travailler, il n’y a rien qui arrive comme ça. Ça représente beaucoup de choses dans la vie, mais le vélo, si tu prends trop confiance, il te remet vite les pieds sur terre. Cette devise colle bien au sport de haut niveau à mon avis.

Le vélo, c’est un sport de sacrifices. À 30 ans, qu’est-ce qui vous motive encore ?

C’est vrai que je me pose la question parfois. Les sacrifices se font dans l’hygiène de vie, mais aussi dans les entraînements que l’on s’inflige. Ce n’est pas uniquement promener son vélo pendant 150 kilomètres. Il y a des efforts à faire, tout seul, dans des montées où il faut vraiment se faire mal. Quelquefois, je me dis « pourquoi je fais ça ? », mais finalement j’arrive toujours à les faire comme si j’avais 20 ans, même encore mieux. Dans ta tête, tu sais que si tu ne t’infliges pas tout ça, les résultats ne viendront pas. C’est un passage obligé pour performer. En revanche, le jour où je n’arriverai plus à m’infliger ça, ce sera le moment d’arrêter ma carrière, c’est clair.

Vous voyagez beaucoup sur le circuit professionnel. Finalement, quel est le lien que vous avez avec le Valais ?

J’ai un lien très important. Je voyage beaucoup, oui, mais j’attends toujours le moment où je vais retrouver mon canton. Après une semaine déjà, mes montagnes me manquent. C’est l’endroit où je me ressource. Peu importe la saison, quand je rentre de courses, je vais en montagne retrouver le calme, l’énergie qu’il faut pour continuer. L’année passée, deux jours après le Tour de France, j’étais déjà en train de faire une randonnée en montagne. Il n’y avait pas de bruit, le silence, c’est juste ce qu’il me fallait pour me ressourcer et repartir de plus belle.

Avec la préparation, vous sillonnez les routes valaisannes. Avez-vous des endroits préférés ?

Ça dépend des saisons. Là, depuis le mois de décembre, je connais que la rive droite. Je dois rouler en fonction du soleil. Donc mes endroits préférés vont de la région de Loèche, extrêmement ensoleillée l’hiver, jusqu’à Fully. En février, il y a quand même de la lassitude d’être toujours au même endroit. Je suis vraiment ravi de pouvoir passer sur la rive gauche à partir de printemps. Je retrouve des routes un peu différentes, que je n’ai pas pratiquées durant la préparation hivernale à cause de l’ensoleillement.

Pensez-vous que le Valais a un énorme potentiel en tant que destination cyclo-touristique ?

Oui, les parcours sont infinis, les parcours sont magnifiques. Quand on voit le Tour des Stations, avec le nombre de personnes qui y participent, on se dit que tout est fait ici pour que ce soit une région du cyclisme. C’est possible de passer une semaine en ne faisant jamais la même montée. Après, le climat est très agréable aussi, jusqu’à très tard au mois d’octobre.

La « Désalpe Reichenbach » est un projet qui vous tient à cœur, est-ce qu’il y aura une troisième édition cette année ?

Malheureusement non. Je vais garder l’association, toujours pour récolter des fonds. Cette année, c’est un peu plus compliqué avec le championnat du monde à Martigny. De mon côté, je ne peux pas m’investir comme je le voudrais. Cependant, l’expérience a été très enrichissante et elle pourrait pourquoi pas revenir.

Baptiste Coppey


Commentaires

Répondre à ce commentaireCommentaire posté le 17/02/2020 par Bohnet
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Je souhaite mes meilleurs et bon v?ux s Sébastien et tous les autres cyclistes valaisans pour

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